Néanmoins, il conclut à propos de la domination étatique et internationale que « le courage, la persévérance, l’humour et bien souvent la sagesse politique de foules anonymes nous disent pourtant chaque jour qu’elles ne sont peut-être point inexorables76 ». Lacam, suivant en cela Robert Dahl, propose d’appliquer les notions d’accumulation et de restructuration empruntées au vocabulaire économique pour comprendre la manière dont les hommes politiques gèrent les ressources nécessaires pour acquérir et conserver le pouvoir. Selon Samuel Decalo, ces tyrannies sont l’œuvre de personnalités déviantes et leurs régimes diffèrent des autres autoritarismes africains. Le système électoral fait partie du paysage africain, de la vie politique locale », explique le chercheur et ancien diplomate Pierre Jacquemot, qui vient de publier un essai sur l’avènement de la démocratie électorale en Afrique (1). 74 Comi Toulabor, « Jeu de mots, jeu de vilains : lexique de la dérision politique au Togo », Politique africaine, vol. Toute résistance ou rébellion des populations y fut presque toujours punie de façon violente, et cela se traduisit parfois par un génocide. Alors que les autoritarismes durs instrumentalisent la justice et la police pour tuer, comme au Togo d’Eyadéma, les modérés l’utilisent pour faire peur. « Entre 1990 et 1999, écrit Pierre Jacquemot, on compte 192 élections présidentielles et législatives dans 45 pays. Le mythe de l’immortalité d’Eyadéma (il est bien mort néanmoins en 2005) qui aurait survécu à un accident d’avion et à une fusillade à bout portant ; la présentation du roi du Maroc comme le commandeur des croyants et le descendant du prophète Mahomet ; la participation du chef de l’État du Niger à toutes les fêtes religieuses aux côtés du principal guide musulman du pays ; toutes ces actions participent de la tentative de production de symboles de majesté permettant de « capturer » les populations. Ces caractérisations sont parfaitement adaptées au Congo-Brazzaville, l’autre afro-marxisme26. © 2021 Copyright RFI - Tous droits réservés. Le seul cas qui rappelle l’Éthiopie est le Mozambique, mais en dehors de ces cas, les afro-marxismes ressemblaient en général plus aux régimes de parti unique ou aux populismes. Elle représente dorénavant 14% de la population mondiale, contre 7% en 1960. Le rôle des militaires – et surtout du chef militaire au pouvoir – dans la vie politique africaine s’est accru au point qu’on ne peut pas vraiment ériger une catégorie « régime militaire » séparée. L’Éthiopie sous Menguistu Hailé Mariam (1974-1991) est peut-être le seul cas de marxisme africain et non d’afro-marxisme27 puisque, aussi bien l’idéologie, l’architecture institutionnelle que le modèle économique se rapprochaient des modèles d’Europe de l’Est. 37 Samuel Decalo, Psychoses of Power: African Personal Dictatorships, Bouder/Londres, Westview Press, 1989, p. 1-29 et 179-187. Adresse : 3744 rue Jean-Brillant bureau 6310 QC, H3T 1P1 Montréal Canada. 40La recherche de ressources persuasives comme complément aux ressources coercitives se manifeste en second lieu par l’instrumentalisation de l’invisible. C’est cette crise de légitimité qui explique, selon les mots d’Achille Mbembé, le fait que « des dictatures assoupies la veille au soir sous un flot de motions de soutien se réveillent le lendemain, leurs vaux d’or fracassés et leurs tables de la loi renversées44 ». 42L’analyse en termes de néopatrimonialisme et des régimes qu’il structure constitue une vue de la politique en Afrique par le haut, c’est-à-dire une approche qui met en exergue l’Afrique des institutions, des élites et du pouvoir. Durant la période suivant immédiatement l’indépendance, les gouvernants commencent à concentrer le pouvoir entre leurs mains. Le début des années 1990 a été une période de grandes espérances en ce qui a trait aux enjeux de stabilité dans le monde en général, et en Afrique en particulier1. (dir. Les classifications peuvent aussi adopter un critère idéologique qui aboutit à distinguer des régimes libéraux, communistes, socialistes, corporatistes, etc. Les pays qui ont connu un tel système sont l’Afrique du Sud (et la Namibie occupée par ce pays) jusqu’en 1991 et le Zimbabwe jusqu’à l’indépendance en 1980. Cependant, en dépit de leur grande variété, et à l’exception des régimes pluralistes et du cas particulier de l’apartheid, on peut dégager, d’une part, des structures communes aux régimes de cette époque et, d’autre part, des logiques fonctionnelles transversales. 11 Michael Bratton et Nicolas Van de Walle, Democratic Experiments in Africa, p. 81. En termes relatifs, l’Afrique mobilise aussi une part croissante des flux d’aide. Comme la société politique, la société civile est alors mise au pas durant cette première phase. Car la Belgique, mais surtout Bruxelles, était si belle et si ensoleillée hier, qu’il semblait que l’astre du jour avait délibérément choisi de rayonner de toute sa splendeur pour souligner que ce jour-là n’était pas un jour comme les autres54. Gazibo, Mamoudou. 38Cette recherche de ressources persuasives comme complément aux ressources coercitives se manifeste en premier lieu par un culte de la personnalité comme on le voit dans ce commentaire du journal d’État camerounais au sujet d’une visite du président Paul Biya : Comblée. On compte ainsi chaque année une vingtaine d’élections sur tout le continent. Passée de la monarchie constitutionnelle (1965-1970) à une république, elle fut gouvernée par le même homme jusqu’à ce qu’un coup d’État vienne le renverser en 1994. Dans les régimes néopatrimoniaux africains, l’activité politique est, peut-être plus qu’ailleurs, accaparée par le souci de demeurer au pouvoir en raison de l’ampleur du déficit de légitimité. France 2. 59 Jean-François Bayart, « Les sociétés africaines face à l’État », Pouvoirs, no 25, 1983. L'histoire de l'Afrique du Sud de 1948 à 1994 est marquée par la mise en place puis par le démantèlement de la politique d'apartheid.Successivement nommée Union d'Afrique du Sud puis République d'Afrique du Sud à partir de 1961, le pays connaît, durant cette période, un système de ségrégation raciale institutionnalisée. Par exemple, le Burkina Faso et le Ghana, classés dans la catégorie des régimes populistes, étaient tous deux dirigés par des militaires, T. Sankara et J. Rawlings. Dès 1988, Anyang Nyong’o évoque des révoltes populaires71 et, avant lui, dès le début des années 1980, la revue Politique africaine introduisait les thèmes du politique par le bas, de la dérision et des modes populaires d’action politique. Il s’agit plutôt d’une donnée diffuse, ce qu’on qualifierait de « régime militaire » étant loin d’être une catégorie homogène45. Cette dynamique s’est étendue également au continent africain où on voit de nombreux pays mettre en place des « Conférences nationales souveraines  réclamant l’instauration de la démocratie. 49Est-ce à dire que la dérision était un instrument d’opposition, plus précisément qu’elle était une forme de revendication démocratique avant l’heure ? Il est généralement utilisé pour caractériser les régimes d’Amérique latine29. Mais des avancées significatives eurent lieu, parmi lesquelles la fin des partis uniques dont le nombre chuta de 29 en 1989 à 3 en 1994. 7Dans le cas de la Grande-Bretagne, le mouvement est lancé par l’indépendance de l’Inde en 1947. Mais, aussitôt après les indépendances, le pluralisme est abandonné. 41Ces procédés ne sont pas spécifiques aux régimes africains, il convient de le souligner fortement, car ils sont aussi vieux que le pouvoir politique et se retrouvent en tout lieu et en tout temps. 9À l’indépendance, la plupart des pays africains avaient adopté un modèle parlementaire pluraliste. 64 Naomi Chazan, « Patterns of State-Society Incorporation and Disengagement in Africa », dans Naomi Chazan et Donald Rothchild (dir. Il est instructif de remarquer qu’en dehors de la Haute-Volta (Burkina Faso) de T. Sankara, les autres pays (Ouganda de Y. Museveni, Ghana de J. Rawlings et Libye) ont connu, avant les populismes, des régimes au patrimonialisme exacerbé et où la prédation économique a ruiné le pays. Le Sénégalais Senghor, tout comme l’Ivoirien Houphouët-Boigny ou encore le Guinéen Sékou Touré, avaient été, on s’en souvient, députés au Parlement français. Éditions Fondation Jean-Jaurès, 2020. Les stratégies d’opposition, par contre, ne fuient pas l’affrontement avec l’État. Le Ghana, par exemple, obtient son indépendance en 1957 sous la direction de Kwame Nkrumah, chef du parti majoritaire au parlement. 1 Michael Bratton et Nicolas Van de Walle, Democratic Experiments in Africa : Regime Transitions in Comparative Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 9. Cette statistique présente le prix moyen du pétrole brut de l'OPEP entre 1960 et 2019. Parmi la diversité des manifestations possibles de cette vitalité, trois types ont été particulièrement dominants : les phénomènes d’« escapisme », les phénomènes de résistance et la dérision politique. En revanche, les autoritarismes modérés, dont l’auteur dit qu’ils ont été les cas les plus fréquents, laissent une certaine marge à la société civile et recourent plus modérément à la violence. Jetés en prison, une opportune crise cardiaque vint régler le sort de quatre d’entre eux50. Le colonialisme était motivé par des intérêts commerciaux et géopolitiques, et fut imposé par la force. 3Ces différences sont importantes pour comprendre les formes de régimes postcoloniaux, car elles permettent de saisir pourquoi certains pays ont, immédiatement après l’indépendance, emprunté la voie de l’autoritarisme. Au soixantième anniversaire du premier mouvement d’indépendances de l’Afrique, quel bilan peut-on établir de la démocratisation réelle du continent ? En 2013, on compte 2 430 100 étudiants, 8 fois plus qu’en 1960. Maurice a connu la première alternance au pouvoir en Afrique à la suite d’élections en 1982 et au Botswana, le système peut être considéré comme une démocratie consolidée, car, bien qu’il n’y ait encore jamais eu d’alternance, les libertés sont respectées et le jeu électoral est transparent12. Deux sous-types de régimes peuvent être, dans leurs grandes lignes, dressés ici sur la base de ce critère. ), The Precarious Balance: State and Society in Africa, Boulder, Westview Press, 1988. 5 mars : décret présidentiel n° 3/1960 de Soekarno annonçant la dissolution du parlement indonésien [76]. Ce rapport édité par les chercheurs de The Economist Intelligence Unit (EIU) attire aussi l’attention sur les progrès réalisés au cours des dernières années dans le domaine de la démocratisation par des pays comme la Gambie, le Soudan et l’Éthiopie qui, hier encore, étaient plongés dans des dictatures les plus absolues. 6Là où l’accession à l’indépendance a suivi le mode de « décolonisation à l’amiable » à l’inverse – et c’est la catégorie dominante –, les pays n’ont été soumis à l’autoritarisme que plus tard, après une courte période d’expérience pluraliste. » Au contraire, dans les autoritarismes modérés – comme celui de la Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny –, les « condamnations à mort ne sont pas toujours exécutées, car les chefs d’État aiment à user de la clémence après avoir effrayé les opposants et frappé l’opinion publique. Chazan et ses collègues remarquent que ce type de régime comprend aussi bien des pays dirigés par des militaires que par des civils. 23 Francine Godin, Bénin, 1972-1982 : la logique de l’État africain, Paris, L’Harmattan, 1986, p. 45-49. 4Là où la décolonisation a été précédée d’une guerre de libération nationale, comme en Algérie, en Angola, au Mozambique, au Cap-Vert et en Guinée-Bissau, les régimes qui ont émergé ont généralement été institués par le groupe armé qui avait réussi à se présenter comme le principal adversaire de la puissance coloniale. Elle laisse quelque peu de côté les logiques sociales et, notamment, elle ne nous dit pas ce que devient la société face à ces régimes et leurs pratiques politiques59. 48La dérision politique (voir chapitre 2) est une manifestation de la manière dont le commun des Africains « participait » au politique clandestinement, à défaut de pouvoir le faire ouvertement en raison du contexte autoritaire de l’époque. La périodisation proposée par Chazan et ses collègues à propos du processus de construction de l’arène publique dans les États postcoloniaux68 peut être utilisée ici pour concevoir trois moments au cours desquels des formes de résistance émanent de la société. 1 - Alors qu’au début des années 1990, l’Afrique se targuait d’avoir seulement trois démocraties sur les 53 pays que comptait alors le continent, aujourd’hui lorsqu’on croise les différents indicateurs de la maturité électorale et ceux de la maturité économique (Afrobaromètres, Freedom House, Mo Ibrahim, et Economist Intelligence Unit) on trouve pas moins d’une dizaine de pays qu’on pourrait qualifier de « démocraties matures » qui connaissent des alternances de partis au pouvoir, des élections libres et transparentes et un parlementarisme actif. 60 Jean-François Bayart, « La politique par le bas en Afrique noire : questions de méthode », Politique africaine, no 1, janvier 1981, p. 52-82. ), Marxist Regimes: Benin, The Congo, Burkina Faso, New York, Pinter Publishers, 1989. Ce modèle délibératif sera mis à mal par la colonisation et la décolonisation. Nic Cheeseman confirme cette lecture et rappelle que les techniques coercitives telles que le travail obligatoire, la détention arbitraire et les châtiments corporels pratiqués par le colonisateur ont été largement maintenues sous les régimes autoritaires. C - 13013 Marseille FranceVous pouvez également nous indiquer à l'aide du formulaire suivant les coordonnées de votre institution ou de votre bibliothèque afin que nous les contactions pour leur suggérer l’achat de ce livre. Mais, comme le remarque Achille Mbembé, « en postcolonie, le travail du pouvoir consiste aussi à rentrer en transe dans le but de produire des fables55 ». L’évolution de la conjoncture internationale explique les infléchissements que connaît ensuite la politique de coopération. Pendant le xixe siècle, la Confédération helvétique s’est abstenue de participer à l’expansion coloniale. Suivant en cela la distinction classique de Robert Dahl, ils proposent cinq types de régimes entre 1960 et 1989 : les régimes de parti unique plébiscitaires (cas du Niger sous A. Saibou) ; les oligarchies militaires (cas du Lesotho), les régimes de parti unique semi-compétitifs (cas de la Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny) ; les oligarchies raciales (Afrique du Sud et Namibie) ; et les régimes multipartites (cas du Sénégal)9. 40 Guglielmo Ferrero, Pouvoir : les génies invisibles de la cité, Paris, Librairie générale française, 1988. On estime habituellement qu’elle aurait fait entre 4 000 et 6 000 morts69. Celle-ci est issue d’une colonisation de peuplement qui a commencé au XVe siècle avec l’arrivée de colons néerlandais et anglais dans la région du Cap. Toutefois, des Suisses y ont pris part dans le sillage des puissances européennes. 36La capacité à distribuer des récompenses – usage des ressources rétributives – fait partie des ressources à la disposition du politicien investisseur qui peut d’autant l’activer qu’en tant que chef néopatrimonial, il gère l’État comme une propriété personnelle. Que ce soit en Afrique ou ailleurs, la domination fonctionne d’autant mieux qu’elle ne repose pas sur la nécessité de recourir à la contrainte ou à la corruption. 76 Jean-François Bayart, « La revanche des sociétés africaines », Politique africaine, no 11, 1983, p. 95-127. Il consiste à opérer une distinction sur la base de ce que les régimes prétendent être ou ce que l’apparence donne à voir. This post is also available in: Anglais Allemand Italien Espagnol Néerlandais Portugais - du Portugal. Ces mobilisations convoquées par des mouvements citoyens, réunissant les forces sociales, politiques et religieuses, font évoluer l’organisation de la vie politique, « en créant de nouvelles règles de jeu, en évinçant les dictateurs les plus violents et en élargissant le spectre des possibles », écrit Pierre Jacquemot. Si l’émancipation du continent africain a été en grande partie le résultat des négociations politiques entre colonisateurs et colonisés, elle était aussi l’aboutissement des prises de conscience et des combats majeurs menés par les Africains au nom de la souveraineté, la liberté et le développement. 53 C. Geertz, Bali, interprétation d’une culture, Paris, Gallimard, 1983 ; Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, Paris, Flammarion, 1983 ; M. Edelman, Pièces et règles du jeu politique, Paris, Seuil, 1991. À ces défis, s’ajoutent les conflits, qui sont l’objet des deux chapitres suivants. Les leaders doivent donc penser constamment à élaborer des stratégies pour conserver le pouvoir. 9 Michael Bratton et Nicolas Van de Walle, Democratic Experiments in Africa, p. 77-82. L’anthropologie politique et, avant elle, les Romains, ont montré par ailleurs que la domination étant toujours exercée par la minorité, elle ne s’explique que parce qu’elle repose sur la croyance et la production de sens, idée qu’on retrouve aussi chez Max Weber53. Dans ces pays, la scène politique est restée animée par une pluralité de partis politiques et les citoyens avaient la possibilité, périodiquement, de choisir entre ces partis dans des scrutins compétitifs11. Martin, 2000, p. 269. Elles s’assurent la liberté de commerce sur les fleuves du Congo et du Niger. Dans les villes, l’économie informelle se développe rapidement et il se crée de grandes distorsions entre les logiques officielles des gouvernants et celles des citoyens. Le premier chef d'État du Tchad indépendant neutralisa rapidement les opposants en les éliminant politiquement sinon physiquement. Entre 1891 et 2000, il y a eu 69 naissances de personnes portant le nom de famille LAFRIQUE en France Le peu de naissance pour le nom de famille LAFRIQUE ne permet pas d'avoir le recensement par département pour des raisons de confidentialité. 43 Pierre-François Gonidec, Les systèmes politiques africains, p. 222. Ils contrastent donc avec le caractère sanglant des sultanismes, tel celui de Macias Nguema en Guinée équatoriale. Seuls cinq pays ont réussi à sauvegarder des institutions et des pratiques pluralistes sur cette période : le Sénégal, l’île Maurice, la Gambie, le Botswana et le Zimbabwe. À ces types s’ajoute un quatrième, la revendication démocratique, que nous laissons de côté toutefois pour le chapitre 7. La population de l’Afrique subsaharienne aura été multipliée par près de 5 fois entre 1960 et 2020, contre 2,7 fois pour l’ensemble de l’Asie et 3 fois pour l’Amérique latine. Les ressources, ou les moyens à la disposition du politicien (considéré comme un entrepreneur politique), « comprennent donc l’argent, l’information, la distribution de nourriture, la menace de la force physique, les emplois, l’amitié, le rang social, le droit de légiférer, le vote et toute une variété d’autres phénomènes47 ». 21Ce concept problématique de populisme est employé ici en référence, empiriquement, au discours des pouvoirs qui mettent l’accent sur « le peuple » et « le développement à la base » et qui prétendent construire une « démocratie » et « le bonheur pour le peuple ». ». Nous laissons provisoirement de côté la question des militaires, car, nous le verrons, loin de constituer une catégorie de régime, les militaires sont présents dans la plupart des régimes de cette époque. 30 Carlos M. Vilas, « Le populisme comme stratégie d’accumulation : l’Amérique latine », dans Le populisme en Amérique latine, p. 34. Les racines de l’autoritarisme postcolonial. 32 Naomi Chazan et al., « Regimes in Independent Africa », p. 154. ), Politics and Society in Contemporary Africa, p. 140. Contentons-nous ici d’en exposer trois : la force, l’argent et le sens. RFI n'est pas responsable des contenus provenant de sites Internet externes. In. Pour ces raisons, et dans une perspective pédagogique qui prend quelques libertés avec les contraintes de la démarche typologique10, nous allons combiner les typologies en recourant librement tour à tour, selon le cas, au degré de concurrence, au style de leadership et à l’orientation idéologique. En Afrique, des réformes en trois étapes furent mises en place : le gouvernement responsable dans lequel le gouverneur britannique partageait le pouvoir avec une assemblée locale élue, l’autogouvernement interne dans lequel le gouverneur n’avait plus de pouvoirs et l’indépendance4. En effet, d’une part, l’introduction du parti unique, la suppression de la séparation des pouvoirs et la mainmise sur l’ensemble de l’appareil étatique étaient présentées comme la meilleure façon de faire le développement. Cela se traduit par l’abstention grandissante, une « fatigue de vote » pour citer Pierre Jacquemot, qui s’élève à 50% en moyenne depuis le début des années 2000. Les instances de participation sont supprimées et les opposants réduits au silence. 51Comme mentionné plus haut, les débats sur les réactions de la société face à l’État ont émergé dans un contexte marqué par la généralisation des autoritarismes que nous avons expliqués ici sans tomber dans le piège des clichés (voir chapitre 1). Il use de la distribution d’argent, de postes dans l’administration, de nominations à l’étranger, bref, du favoritisme et du prébendalisme pour se constituer un réseau de clients et de protégés qui, bénéficiant du régime, se transforment en ses défenseurs et en assurent la pérennité52. Or, si on en croit les chercheurs en histoire et en anthropologie, dans l’Afrique précoloniale, contrairement à l’idée reçue, les chefs n’étaient pas tous tout-puissants, car leur pouvoir découlait des populations qui étaient traditionnellement associées à la gestion politique de la cité sans nécessairement recourir à l’élection. Cependant, « le conflit indochinois (1947-1954) et surtout la guerre d’Algérie (1954-1962) persuadèrent le gouvernement de la nécessité d’éviter tout nouveau risque d’affrontement sanglant, et la conférence afro-asiatique de Bandoeng (1955), par laquelle les pays libérés se faisaient un devoir d’aider les peuples encore dépendants à accéder à la souveraineté, démontra l’inanité de la lutte contre le reflux anticolonialiste5 ». Au Congo, les Belges, n’entrevoyant pas d’indépendance avant 30 ans, n’ont rien préparé, de sorte que, « quinze jours après l’indépendance, le pays sombrait dans le chaos2 ». L'évolution des femmes en politique. 11Les auteurs ont toujours échoué à dresser une typologie uniforme des régimes politiques africains. 25 Jean du Bois de Gaudusson, « Madagascar : A Case of Revolutionary Pragmatism », dans John Markakis et Michael Waller (dir. Publié le : 26/09/2020 - 06:47Modifié le : 26/09/2020 - 19:03. Les relations entre la Chine et le continent africain sont abordées dans le cadre d’une démarche de synthèse, inscrite dans l’histoire, privilégiant les aspects économiques, en particulier commerciaux. 47La deuxième phase qui concerne les années 1960 et 1970 est celle de l’élaboration du pouvoir d’État. Le retour au parti unique est présenté comme une façon de renouer avec les formes africaines précoloniales de gouvernement fondées sur le consensus. Son principal rival, Gabriel Lisette, fut contraint à l'exil. 2004. 24 Voir Vincent Ochilet, L’expérience du marxisme-léninisme en République populaire du Bénin, Mémoire de DEA d’études africaines, Bordeaux, CEAN, 1990, p. 237. Selon Chazan et ses collègues, les populismes émergent en Afrique dans les années 1980 (sauf en Libye, où M. Kadhafi prend le pouvoir dès 1969) en réponse à la désagrégation politique et économique. Guglielmo Ferrero soutient la même idée en montrant que la légitimité renvoie à la question du droit de commander et du devoir d’obéissance que rien ne peut justifier, sauf le consentement40. Pourtant, depuis au moins trente ans, sous l’effet des bouleversements mondiaux, les pays africains se sont massivement dotés de culture électorale et les élections ont largement remplacé les coups d’État comme moyens de changement de régime. 15 Naomi Chazan et al., « Regimes in Independent Africa », p. 142 et 147. authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. Les types de régimes de l’Afrique postcoloniale de 1960 à 1990. 18 Pierre-François Gonidec, Les systèmes politiques africains, 2e édition, Paris, LGDJ, 1978, p. 239. Auteur : Marco Ramerini Dans Afrique, Asie, Colonialisme allemand, Océanie 2,359 Vues. Accusant Kragbé de vouloir faire sécession, Houphouët-Boigny organise une répression farouche en pays bété. “4. Il est instructif de remarquer que M. Nguema a finalement été renversé et fusillé par son propre neveu, le général Théodoro Obiang Ngema, qui est au pouvoir depuis lors ; et qu’Amin l’a été à la suite d’une invasion des forces tanzaniennes. 10À partir de ce moment, sous une dominante autoritaire, les types de régimes se diversifient énormément. 30En l’absence de légitimité, les régimes africains de cette période se caractérisaient aussi par une tendance à l’autoritarisme puisqu’en l’absence de règles acceptées, les dirigeants devaient user souvent de la force ; laquelle devenait une ressource en vue de se maintenir au pouvoir, comme nous le verrons plus bas.